Je me souviens de tout. Comme si c'était hier. Comme si je n'avais pas tout foutu en l'air. Comme si rien avait changé. Les battements de son coeur contre moi. Mes doigts jouant avec les siens. Il faisait froid ce soir-là, mais ses lèvres à lui étaient chaudes. Et je ne crois pas que je frissonais à cause du froid.

J'ignore pourquoi, mais je n'ai jamais voulu assumer mon amour pour lui. Ça me semblait trop impossible. Mais quand j'y repense, il a toujours, toujours été là. Il n'a jamais abandonné. Il ne m'a jamais abandonné. Et moi, tout ce que j'ai fais, c'est lui faire du mal. Moi qui m'étais pourtant juré de ne jamais faire souffrir quelqu'un comme tu m'avais fais souffrir. 

Mais on sait tous que je suis incapable de tenir une promesse...

Pourquoi est-ce que j'ai fais ça? Pourquoi j'ai eu peur tout à coup ? Pourquoi ? Peut-être parce que je n'étais pas prête à assumer mon amour finalement, ou parce que je suis trop faible. Idiote. Peut-être parce que j'avais peur qu'il découvre à propos de Cat, et qu'il me fuit ? Peut-être parce que je n'étais pas à sa hauteur, et qu'au fond, je le savais... J'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est que ce fameux putain de jour, où je lui ai dis que je ne ressentais rien pour lui, j'ai menti. Comme jamais j'avais menti. La preuve, c'est que j'en ai pleuré. Je n'arivais pas à appuyer sur "envoyer", ça me paraissait impossible. Et pourtant je l'ai fais. Et tandis que le message s'envoyait, mes larmes coulaient et mouillaient l'écran du téléphone. 

J'avais tellement envie de renvoyer un message, disant que c'était une blague, qu'évidement que je l'aimais. Mais je ne l'ai pas fais. Non. J'ai finis par me dire que c'était parce que je m'en foutais de lui. Liar.

Puis, il y a eut ce jour. On m'a dit qu'il l'avait embrassé. Elle. Une autre. Normalement, j'aurai dû m'en foutre complètement. Normalement. Au lieu de ça, j'ai eu l'impression que tout s'écroulait à nouveau autour de moi. Et j'avais beau continuer de sourire, à l'intérieur je suis tombée. Ce jour-là, pour la première fois, cette colère est montée en moi. Cette haine, cette haine qui me bouffe. Colère contre elle, contre lui, contre moi surtout. Mais le soir, seule dans le noir, en larmes, j'ai compris que ce n'était pas à lui que je devais en vouloir. Lui, il essayait juste d'être heureux. La seule responsable de tout ça, c'était moi. C'est moi. Tout est de ma faute. Pas de la sienne. La mienne. Ce soir-là, j'ai décidé quelque chose qui a orchestré ma vie jusqu'à aujourd'hui. 

Son bonheur avant le mien. Qu'importe que je pleure, s'il rit. Qu'importe si je souffre, s'il est heureux. Il fallait qu'il soit aussi heureux qu'il le méritait. Je lui devais au moins ça. Je n'avais pas le droit de bousculer à nouveau sa vie. 

Alors je l'ai ignoré. J'ai arrêté de le regarder, arrêter de croiser son regard. J'ai arrêter de lui sourire, arrêter de répondre à ses sourires. J'ai fais en sorte de faire comme s'il n'était pas là, comme s'il ne comptait pas. J'ai fais comme si je ne l'aimais pas. Pour moi, ça a toujours été clair, dans son esprit il fallait que je sois la méchante et qu'elle soit la gentille. Il fallait le pousser à l'aimer et à m'oublier. Il fallait qu'il me haïsse. Qu'il me déteste. Autant que je me déteste. 

Mais chaque jour, chaque minute, chaque seconde est devenue un peu plus dure. 

Cat m'a consollé. Et je me suis encore plus détester pour ça. Je crois que le pire qu'il puisse nous arriver, c'est d'en plus de Cat, de Sue et toutes les autres, la culpabilité. La volonté d'effacer ces horribles erreurs qui nous rongent. 

Les nuits ont commencées à devenir plus longues, en seulement deux semaines vous me direz. Mais moi, moi je croyais que jallais mieux. Je croyais que tout s'arrangeait. J'y croyais. Pauvre conne. 

J'ai recommencé à pleurer. Pour lui. Parce que je réalisais que chaque jour qui passait, je le perdais un peu plus. Et faire semblant de ne pas l'aimer, alors que mon amour pour lui grandit de jour en jour, d'heure en heure, de minute en minute, de seconde en seconde, est la chose la plus difficile que j'ai jamais eu à faire durant ma vie. Je le jure. 

J'aimerai tellement lui dire pardon. 

"Pardon, pardon pour tout. Je t'aime, plus que ma vie, plus que tout. Je suis tellement désolée, pardonne-moi."

De simples mots que j'ai rêvé lui dire plus d'une centaine de fois durant les trois semaines. Mais chaque fois que j'ai voulu le faire, je me suis souvenue. Je n'ai pas le droit de gâcher son bonheur. Il est heureux maintenant. Avec elle. Je n'ai pas le droit de venir tout chambouler, à nouveau. Je n'ai pas le droit. Je veux qu'il soit heureux. Chaque fois que j'ai voulu le faire, j'ai reculé et traversé la cour sans lui jeter un regard, comme si je ne le voyais pas. Comme si je n'avais pas attendu qu'il sorte pour le voir sourire, ne serait-ce qu'une seconde. J'avais oublié, tu sais, ce qu'on ressentait quand on aimait quelqu'un pour de vrai. Je ne veux plus jamais lui faire de mal. Je ne veux plus jamais qu'il souffre. 

Je me sens tellemet coupable. De tout ce que je lui ai fais. 

De l'aimer autant. 

"T'as vu, c'est toi là, avec toi j'en ai 157 des messages !"

Son sourire d'enfant, ses câlins, ses mains, ses bisous. Nos conversations. Pourquoi je m'en rappelle si bien ? Pourquoi ils (elles) me manquent tant ? 

" - D'ailleurs pendant les vacances, tes yeux ils ont verdis !

  - Haha :p les tiens ils sont marron :)"

J'aime les yeux verts. Je l'ai toujours dis. A cause de lui ? Aucune idée. Peut-être. Peut-être pas. 

Il a toujours été une faiblesse pour moi. Même si j'ai toujours refusé de l'admettre. Peut-être qu'au fond je l'ai toujours aimé, mais comme on dit : "c'est quant on perd quelque chose qu'on réalise à quel point on y tient". 

Une part de moi me dit qu'il faut que je continue de lui faire croire que je m'en fous de lui, que c'est comme ça qu'il sera heureux. Mais l'autre part de moi m'ordonne d'aller tout lui dire, de le supplier de me pardonner, de lui expliquer.

Qui je dois écouter ? J'en sais rien. 

Ce que je sais, c'est que c'est de plus en plus dur. De plus en plus dur de vivre chaque jour en me disant qu'il me déteste sûrement, et qu'il croit à mes mensonges. De plus en plus dur de me lever tous les matins en me disant que je l'ai sans doute perdu (impression de déjà-vu?). Quand nos regards se sont croisés, ces deux dernières fois, j'ai cru que j'allais m'effondrer. Tout ce dont j'avais envie, c'était de lui murmurer "pardon, je t'aime". De lui sourire. Un petit sourire en coin, discret, que personne ne remarquerait à part lui, comme s'il n'avait jamais existé. Juste pour lui montrer que j'ai toujours là. Que je ne l'avais pas oublié. 

Mais la seule chose que j'ai pu faire, au lieu deça, fut de baisser les yeux, et de retenir mes larmes. 

Oui, je l'aime. Non, je ne sais pas pourquoi, ni comment c'est arrivé. 

Je tiendrais. Je tiendrais en regardant son sourire, et en pensant à son bonheur. Je tiendrais en donnant son prénom à tous mes papillons dessinés au marqueur sur le poignet. Je tiendrais. Ou j'essaierai. 

Mais en attendant, il me manque. Plus que tout au monde. 

 

 

 

 

 

Pardon. Je t'aime. Sois heureux je t'en supplie. Je t'aime.

 

 

 

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